27.06.2010
Un an plus tard
Il s'en est passé des choses, en une année. Un long silence ici faute de connexion, à mon grand regret.
Pour résumer, un an de travail acharné chez "le type de l'Oise" et demain, les résultats du CAP. Des bonnes grosses semaines comme j'aime, 50heures de boulot, 25 de dessin le soir et le week end, et bien sûr, l'homme, qui a lâché prise.
Depuis j'ai eu le temps de m'en remettre, de rebondir. J'ai découvert le compagnonnage, décidé de m'engager pour ces cinq à dix ans d'apprentissage approfondi de mon métier. Cinq à dix ans à changer tous les ans de ville et d'entreprise, une perspective à la hauteur de mes envies de bougeotte! Ces années devant pour affiner le geste et grandir en humanité parmi des hommes, des femmes de métier.
Et puis je l'ai rencontré. Un qui comprend et qui ne demande surtout pas de revenir sur ma décision, peut-être parce que la sienne y ressemble. Un qui voit le coeur d'artichaut, la tendre planquée derrière la sauvage, et qui accueuille l'une et l'autre.
Alors je rêve ce mois d'août à vadrouiller ensemble avant que quelques 777km nous séparent. 777km à parcourir pour se rejoindre ça va nous faire une trotte, même si nous avons des points étapes accueil sur la route.
Et une fois de plus je prends le risque, je fais le pari. J'ai beau avoir été déçue, rien n'empêche l'élan de renaître. Il a le sourire qui me trouble, les mains qui me bouleversent. Il a ce quelque chose qui n'a pas de mots qui me saisit. J'ai le désir puissant d'y croire, le vertige de me reconnaître à sa peau.
Dans une semaine je serai à nouveau à ses côtés, et avec un peu de chance, si les récriminations familiales cessent, je serai celle qui se laisse câliner au volant, car oui, j'ai ENFIN eu mon permis!!!!
Me restera à trouver un banquier compatissant pour me dégoter mon propre engin à quatre roues. Je rêve d'un Kangoo de la Poste, et bien sûr je me contenterai d'une 106 proche de l'épave... N'importe pourvu que je puisse aller au boulot la semaine, et m'évader les rares week end de libres.
Je suis à l'orée, une fois de plus, de voir mon quotidien basculer, et j'adore ça. En espérant pouvoir continuer à donner des nouvelles ici...
Lulu
18:07 Publié dans "petites" choses | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nouvelles, permis, métier
11.08.2009
the cul entre deux chaises
ou dans un carton, si on veut.
En plein déménagement je suis, et juste là maintenant je devrais continuer à cartonner avec Depeche Mode en fond sonore, mais bon, c'est la pause.
Le côté pratique s'est un peu précisé, maintenant je sais où je vais loger, et bon même si c'est pas très chouette comme endroit, à 185 euros mensuel charges comprises, dans l'Oise, je fais pas la fine bouche. Loyer imbattable contre une chambrette de 10m² pour deux (deux lits jumeaux, mais si/quand l'homme sera là, on rusera pour les coller ) avec, c'est royal, accès à une cuisine minus, avec un four à pain traditionnel qui prend toute la place, une gazinière hors d'âge (z'êtes sûre qu'elle va pas exploser?) et des nids d'hirondelle au plafond...
10 km à faire jusqu'à la première supérette, 10km avec mon vélo ou mes pieds, yeah. Mais d'un autre côté, je serais à 100m de mon boulot, alors. Et puis, toujours si et quand l'homme viendra, on prendra vite un charmant studio à une heure de paris (surface non communiquée) pour la modique somme de 550 euros hors charges (gloups). Autre avantage, dans ce coin de rase campagne où les routes vont tout droit entre les parcelles géantes de blé, je devrais pas avoir trop de mal à avoir mon permis, pour peu que je devienne super forte en priorités à droite, la spécialité locale.
D'ici là, j'ai une dernière journée de cartons, deux de route avec ma môman et mon p'tit p'tit frère, pour amener mon bazar moitié dans l'Oise, moitié dans la cave familiale. Et trois jours après je repars dans l'ouest aider l'homme avec son propre déménagemant, en espérant qu'on aura le temps de passer trois jours au bord de la mer ensuite, avant que je reretraverse la france pour aller à Bourges faire un super stage d'initiation à la taille de pierre avec des enfants. Il ne me restera plus qu'à remonter sur Epône pour ma rentrée à mon nouveau CFA, avant de commencer le boulot le 7 septembre. Bref une fois de plus le concept de vacances n'atteindra pas mon été.
Comme mon ordi va rester dans l'Oise où il n'y a de wifi, d'ailleurs, que dans le jardin, je ne sais pas trop quand je reviendrais mettre un mot ici.
Donc bonnes vacances à cux qui en ont, à ceux qui savent en prendre, et à bientôt,
Lucie
11:05 Publié dans chronique des petits riens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
01.07.2009
comme une poule décapitée qui court toujours
Ca va faire une semaine que le oui est tombé. Que "le type dans l'Oise" a dit oui, je vous prends.
Mercredi 24 juin à 9h15, après avoir effectué pour mon seul plaisir la danse du raton laveur ravi, j'expédiais des textos en rafale pour annoncer à ceux qui ont suivi le débat la nouvelle de mon embauche. Le lendemain je sautais dans un tgv hors de prix malgré l'obstination du guichetier sncf à me refuser la possibilité d'emmener mon vélo. Et le vendredi matin, à 7h20, j'arrivais, trempée comme une soupe par l'orage, riant de n'avoir pas pris la foudre et de pouvoir essorer mon jean, à l'atelier du "type de l'Oise". Où m'attendait, mi consterné mi amusé, le chef d'atelier.
Première journée en mode découverte de l'équipe, tentative de taille. Pas trop de déboires, mais toujours autant de stress. Et la journée est passée en un coup de vent, dans le jean de la fille de 12 ans du patron, avec un caillou entre les mains et Thriller en boucle à la radio, parce que Jackson y était passé pendant que je roupillais chez Mme F., adorable logeuse de dernière minute.
Il a fallu repartir, rejoindre l'homme à Nantes, vive le tgv je vous dis, 55 euros le billet "sous réserve de place disponible", c'est-à-dire entre deux wagons, sur un quart de banquette partagée avec un inconnu. Enfin fêter ça, bizarrement, avec celui qui va subir les 423 km de conséquences à mon choix professionnel. Ouvrir la bouteille de Gevrey-Chambertin achetée en Bourgogne un mois plus tôt dans ce but (je croisais les doigts en payant), la mettre au frais dans un évier plein d'eau, et par curiosité, m'en verser un fond de verre, pour voir. Il faut savoir, le Gevrey, c'est mon vin préféré, un Bourgogne rouge charpenté et puissant, sans acidité, avec du fruit et du velouté sur l'arrière bouche, du velours quoi, le vin des grandes occasions et des vertiges déraisonnables, le meilleur amant que mon palais aie connu, le "J'devrais" comme on l'appelle l'homme et moi.
Sauf que. Cette gorgée, erk, j'ai failli la recracher direct. Une infection. Acide, déstructuré, complètement en vrac ce vin. Imbuvable. Peut-être bouchonné, je ne sais pas, je n'ai jamais gouté un vin bouchonné. Il n'avait pas goût de liège, mais celui d'un Beaujolais bas de gamme. L'homme a essayé de sauver le caviste de ma fureur même si à 800 bornes de là le pauvre homme ne risquait pas grand chose, argé que peut-être le transport, ou l'année, la sécheresse, la température chez lui et que sais je. Et pour me consoler a bien voulu d'un détour par un caviste nantais, qui lui, avait un Gevrey, un vrai, un bon, pas de la piquette. Honte au caviste bourgignon de vendre une infamie pareille à 40 euros la bouteille quand des cavistes à l'autre bout de la France vous vendent au même prix le meilleur "J'devrais".
...
Malgré la bonne nouvelle enfin bien arrosée, il m'a fallu une semaine de plus pour cesser de courir comme une poule décapitée.
Il restait à attendre de savoir: le "type de l'Oise" maintiendrait-il son oui après la journée d'essai? Mon patron actuel me laisserait-il partir avant le terme de mon contrat? L'homme suivrait-il dans l'Oise, en avait-il vraiment envie ou disait-il oui pour me faire plaisir? Est-ce que tout ça n'allait pas monumentalement foirer?
Et le stress que je me trimballe depuis janvier ne bougeait pas de là. Mon eczéma était reparti de plus belle, le sommeil attendait l'épuisement pour me tomber dessus. Ma chère angoisse défendait son fief. Ce foutu stress d'après, quand tout est fini et réglé, que rien ne va bouger, me faisait osciller entre colère et aggressivité ingérable, fatigue nerveuse et ongles ravagés.
Et puis ce matin le type de l'Oise a confirmé son oui, et ce soir mon futur ex boss a déclaré "Je n'y vois pas d'inconvénient" devant ma demande de démission. Voyez vous avec ces fameux contrats d'apprentissage, on ne peut pas se faire licencier du jour au lendemain, mais on ne peut pas non plus partir sans accord express et bi-latéral du patron et de l'apprenti. Si super grand chef décidait de jouer au plus con, j'étais coincée. Allez savoir pourquoi, il s'en moque. Ca me va très bien. Je n'ai pas besoin qu'il me pleure par avance. Il me regrettera bien assez quand il aura trouvé un autre apprenti selon ses critères: " ce qu'il nous faut c'est un gamin de 17, 18 ans, costaud et qui aie envie de bosser". Bon courage mec! Les gamins de cet âge je les vois au CFA. La moitié font ma carrure, les trois quart fument du shit en rêvant de leurs congés payés, la totalité sait qu'à bosser plus on se fait exploiter plus. J'en rirais de ta déconfiture, depuis l'Oise. J'en rirais de ton mépris, de ta mysoginie, de tes "c'est la première fois qu'on travaille avec une femme" comme si c'était aussi inconcevable que de travailler avec un martien. J'en rirais de te voir perplexe devant un gamin qui aura peur de vous questionner et qui prendra des initiatives dangereuses. Vous deux, grand chef et supergrand chef, vous vous trouverez bien bêtes quand le gamin qui vous aura paru sympathique, apte à rire de vos vannes vaseuses et malléable à souhait, s'avèrera n'avoir pas de projet précis et qu'il voudra partir parce que le salaire est minable, la reconnaissance nulle et que vous ne payez même pas le café.
...
J'ai ce métier dans les mains et ces pierres tendres à fermes du Val d'Oise, les pierres avec lesquelles Paris a été rebâtie après guerre, et les pierres dures de Bourgogne qui m'attendent là bas. Je vais pouvoir continuer à lire "Construction et restauration du patrimoine bâti en pierre" sans avoir envie de hurler parce que ce que je fais n'a rien à voir. Expulser ce foutu stress idiot avec ses somatisations et me reconstruire une image professionnelle sous les regards bienveillants des hommes du "type de l'Oise". Lever des cailloux non plus pour prouver que je peux, mais juste parce que je peux et que c'est la meilleure solution à tel moment.
Ouvrir ma paume autour de la massette et sentir mon geste s'affermir et s'alléger. Ouvrir mes épaules, déployer mon bras et voir mon coup gagner en puissance et en précision. Ouvrir mon poignet et écouter le ciseau dégager la juste épaisseur de pierre. Fléchir un peu les genoux pour ouvrir tout ensemble et retrouver mon souffle premier.
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Ce soir, avec mon fan club de moustiques, je dis adieu avec soulagement à la face nord de cette fichue Bretagne, à ce climat invraisemblable, à cette humidité qui n'en finit jamais. Plus que quelques semaines à te subir et je vais voir ailleurs, enfin. L'homme trouvera bien son chemin jusque là bas, non?
Lulu
01:05 Publié dans chronique des petits riens | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : boulot, embauche, taille de pierre, oise, bretagne





